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NOTES D'HUMEUR

Ceci n'est pas un blog, mais comme son nom l'indique, des notes d'humeur, cette manière de libérer son esprit constitue aujourd'hui un luxe, qui n'est malheureusement pas à la portée de tous. Ainsi, contrairement à une idée préconçue "travailler plus, pour gagner plus",  nous préconisons de "travailler moins, pour réfléchir plus". Cette réflexion ne doit pas se limiter aux élites (sorte de rente intellectuelle pour les biens pensants) mais se généraliser à l'ensemble de la population. Le chemin ne sera pas facile (plus de réflexions signifie également plus de contestations, plus de pédagogie, plus d'écoute, ...) mais c'est à ce prix que nous pourrons replacer l'homme à sa véritable place.

Vendredi 15 octobre 2010

Maurice Allais est mort le samedi 9 octobre 2010. Nous avons perdu à la fois un scientifique de réputation internationale (le seul Prix Nobel français en sciences économiques), un homme de convictions (il aimait se qualifier de social - libéral, à l'image d'un Léon Walras) et un regard très perspicace sur le monde qui nous entoure (Maurice Allais s'est toujours tenu au courant de l'actualité économique et politique). Dans une France en manque de repères, où les clivages gauche - droite sont de moins en moins marqués, où la confiance envers le politique s'émousse au fil des ans, nous avions besoin d'une personne qui incarne à la fois le respect des valeurs humaines et la contestation de l'ordre établi (notamment de l'organisation du système mondial).   

   Ce qui faisait la force de Maurice Allais, c'était sa capacité à captiver son auditoire (et ses anciens élèves s'en rappellent encore), sa force de caractère (n'en déplaise à certains, mais Maurice Allais n'a pas changé d'un iota ses positions), son respect de la personne (ses élèves comptaient beaucoup pour lui, il restait accessible, son numéro de téléphone figurant dans les pages blanches, ce qui est assez rare pour le souligner de nos jours) et son parcours sans équivalent  (élève doué, qui passe par le Lycée Louis Legrand, Polytechnique, l'Ecole Supérieure des Mines de Paris...).  Même s'il a souvent dérangé par ses prises de position (la question de l'Algérie, le libéralisme économique, la mondialisation, le protectionnisme, la remise en cause de la physique d'Einstein...), les hommages qui lui sont rendus aujourd'hui, attestent d'une notoriété sans pareille.

S'il me fallait retenir un seul trait du personnage, je dirais sans conteste, son attachement à l'origine sociale (dans ses travaux, Maurice insiste sur le fait que le code génétique et le milieu social conditionnent le parcours de l'individu).  Maurice Allais attachait beaucoup d'importance à rappeler que ses parents tenaient une petite crémerie à Paris, qu'il avait été Pupille de la nation très tôt (durant la première guerre mondiale, son père meurt du typhus dans un camp de prisonniers), qu'il dormait sur un lit à ressort (qu'il fallait rabattre chaque matin) dans l'appartement qu'il occupait avec sa mère... D'une certaine manière, Maurice Allais incarne l'image du "self made man" (modèle américain qui rappelle que le bonheur ou le bien être est à la portée de tous, qu'il suffit de s'investir, de travailler... pour réussir) et symbolise la fameuse ascension sociale à la française.

Malgré son parcours, Maurice Allais était très lucide sur les limites de notre modèle social. Il aimait rappeler que les politiques avaient pris l'habitude de parler d'inégalités sociales et de pauvreté, sans avoir connu ces différents états...   Ce que je traduirais par la formule suivante : " comment accorder une quelconque crédibilité aux politiques économiques et sociales, lorsque celles-ci sont mises en place par des personnes qui n'ont jamais été dans le besoin...?".

Vendredi 22 octobre 2010

Au fil des années, l'économie s'est immiscée dans nos vies, au point de soulever un vent de contestation sur les finalités de la vie sur Terre. Recherchons-nous le bien-être ou le bien-avoir ? Il semblerait qu'en s'émancipant des forces de la nature, l'homme ait également choisi la voie de la possession : être riche, c'est posséder des choses matérielles (principes de rivalité et d'exclusivité) que l'on mesure par une quantité de monnaie.  Or, pour notre malheur (ou notre bonheur), la consommation des choses matérielles passe par un acte de destruction. En effet, consommer des biens revient à les détruire, purement et simplement (l'INSEE calcule tous les ans, la consommation finale des ménages français). Au final, notre modèle de croissance repose sur un acte délibéré de destruction. Preuve à l'appui, si le nombre d'accidents augmente dans un pays, le PIB va s'accroître, si nous polluons davantage, nous aurons besoin de technologies dépolluantes et de réparer les préjudices causés à notre environnement ... Ces exemples symbolisent une chose, l'excès d'économie. A force de s'émanciper du monde du vivant, l'économie nous a entraîné vers le monde des choses mortes (le désir insatiable - et non le besoin - qui nous ronge). Ce monde virtuel et artificiel, est issu des conventions humaines (il a ses propres règles de fonctionnement : monnaie, marché, droit de propriété, offre et demande...). Ce qui signifie que nous pouvons encore le changer, le rendre plus humain. L'être de raison que nous sommes, peut encore redevenir l'être relationnel que nous étions. Pour cela, il convient de replacer chaque sphère à sa place. L'écosphère (le monde des activités économiques) doit être délimitée par la sociosphère (le monde des relations humaines), elle-même bornée par la biosphère (le monde du vivant).

Même si ces propos ne semblent pas dénoués de sens, certains les qualifieront rapidement d'utopistes. Comment se passer de monnaie, de marchés, de biens... sans tomber dans le travers de la décroissance (ce terme a été très mal compris par ceux qui le manipulent, mais là, c'est un autre débat). C'est à cette tâche qu'il convient de s'atteler, et pour cela nous avons besoin d'un peu d'utopie et de beaucoup d'abnégation.

Lundi 29 novembre 2010

S'il me fallait retenir cinq oeuvres majeures, susceptibles de nous éclairer sur les apports de la science économique, alors sans conteste, je choisirais les oeuvres suivantes :

- Celle d'Adam Smith, sa théorie des sentiments moraux et sa Richesse des Nations,  nous ont fait passer de la philosophie à l'économie politique. La division du travail et l'échange (la réciprocité) sont deux faits généraux, universels et permanents dans le fonctionnement de nos sociétés.

- Celle d'Auguste et Léon Walras, travaux indissociables, tant le père a influencé le fils. L'économie politique devient la science économique. On peut être à la fois libéral et socialiste... chercher à comprendre scientifiquement le monde tout en accordant une place importante à la justice.

- Celle de Joseph Schumpeter, sa théorie de l'évolution économique et son histoire de l'analyse économique sont tout simplement magistrales. A conseiller à toute personne qui voudrait cerner les tenants et aboutissants d'une science qui occupe une place importante dans nos sociétés.

- Celle de Nicholas Georgescù-Roegen, qui pose les limites de la théorie économique et oblige les économistes à s'ouvrir aux autres disciplines (biologie, physique...).  Cette oeuvre est en quelque sorte prolongée aujourd'hui par les travaux de René Passet.

- Celle de Maurice Allais, qui souligne avec force, la volonté de replacer l'observation des faits économiques dans la construction des théories économiques. Cette lutte incessante contre les vérités pré-établies est présente dans tous les ouvrages de l'auteur. La rigueur scientifique a besoin de l'observation...

La lecture de ces oeuvres constitue un investissement (5 ans) qui rebute la plupart des économistes. Mais quel enrichissement !!!  

Jeudi 2 décembre 2010

Pour ceux qui souhaiteraient avoir une information sur le coût financier de la crise des subprimes, je vous conseille d'aller sur le site de la FED.. Le 1er décembre 2010, répondant à une sollicitation du Congrès américain (Loi de réforme votée en juillet), la FED a publié sur son site internet, les données correspondant aux programmes d’aide qu’elle a mis en œuvre pour aider l’économie américaine à traverser la crise (Hilsenrath, Rappaport, 2010). Près de 21000 transactions couvrent la période allant du 1er décembre 2007 au 21 juillet 2010, pour un montant de 3 300 milliards de $. Les aides américaines ont profité aux banques américaines (Wells Fargo, Goldman Sachs, 18 milliards d’€ à la mi-octobre 2008, Morgan Stanley, 60 milliards de $ en septembre 2008, OneWest Bank*…), mais également aux établissements financiers étrangers et aux entreprises : Caterpillar, Harley-Davidson, General Electric (14.3 milliards de $ en octobre 2008), McDonald’s, Toyota, Verizon…. Les banques britanniques Barclay et Bank of Scotland ont été les premières à bénéficier de cette aide. Ainsi, rien qu’au travers de la facilité d’enchères à terme - le TAF (c’est un mécanisme d’enchères de refinancement à faible coût) – Barclays a emprunté plus de 200 milliards de $ à la FED par l’intermédiaire de ces filiales américaines (dont 10 milliards de $ en octobre 2008). BNP Paribas, Société Générale, UBS (37 milliards de $ en octobre 2008), Dexia (23 milliards de $ en 2008), Bayerische Landesbank, Dresdner Bank, Commerzbank (13 milliards de $, puis 7.25 milliards de $)… ont toutes eu recours à cette aide au financement. Neuf des plus grands fonds d’investissements (gestion d’un capital de 2400 milliards de $) dont BlackRock Inc, Fidelity Investments Inc, Dreyfus Corp… se sont tournés vers la FED pour se procurer des liquidités. Près de 600 milliards de $ de crédit, ont été accordées à des Banques Centrales étrangères. Ajoutons que la BCE a fait de la surenchère en annonçant un coût financier voisant de 4600 milliards d'€. Qui dit mieux ?

* Certaines personnes du monde des affaires ont même bénéficié indirectement des aides de la FED. John Paulson (le milliardaire qui a fait fortune en spéculant sur les subprimes) et Mickael Dell (fondateur de Dell) ont reçu par l’intermédiaire de la société dans laquelle ils ont investie, OneWest Bank, près de 34 milliards de $. 


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